à la recherche d'Alexander Gradsky
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Alexander remercie son chef d'orchestre et salue les musiciens, les tonnerres d'applaudissements jaillissent, le Maestro annonce l'entr'acte...
Des jeunes femmes se lèvent pour lui porter des fleurs, soudain impulsive à la manière des timides, je saisis le paquet que j'avais précautionneusement apporté de Paris, contenant l'écharpe la plus douce que j'aie eu la chance de caresser, juste une écharpe pour enrouler autour de sa voix, et je me précipite au devant de la scène en appelant "Mister Gradsky !" d'une voix mal assurée... Il se tourne vers moi du fond de la scène et s'approche doucement en me fixant, je lui tends le joli paquet en lui disant que je le remercie du cadeau merveilleux qu'il m'a fait (toute son œuvre en DVD's et CD's), il se met à ma hauteur en me regardant droit dans les yeux, il attrappe ma main et la serre chaleureusement, je lui dis que je suis Lowe de Paris... "I know it" répond-il en souriant, il voit ma surprise et répète qu'il le sait... Et finit par prendre le sac que j'avais posé devant moi.
Puis il dit deux fois "I will meet you" en pointant son index vers moi... Je le remercie et lui envoie un bisou volant...
Je le laisse à ses autres admirateurs, retournant à ma place, radieuse, je le vois s'éloigner pour rentrer dans sa loge avec mon paquet à la main.
J'avais réservé trois places et nous n'étions finalement que deux, il restait donc une place qui n'est pas restée longtemps vacante. Lors de la migration vers l’avant des rangs, un homme, mi-Robin Williams pour le look, mi-Bruce Willis pour la décontraction, la quarantaine avenante, m'a demandé s'il pouvait s'asseoir à cette place, il portait un drôle de petit appareil à la main, une sorte d'enregistreur qui ressemblait à un téléphone sur un petit trépied. J'ai immédiatement pensé à ces enregistrements de concerts trouvés sur Internet au petit bonheur de mes découvertes, je savais que j'avais un vrai fan de Gradsky à nos côtés.
Et quel fan ! Il s'appelait Andreï. Quel enthousiasme et quelle joie il dégageait. Il connaissait toutes les paroles des chansons par cœur, et était l'un des seuls à réagir aussi bruyamment à la fin des chansons ! Il parlait anglais et petit à petit nous échangions ensemble. Il se rendit vite compte que je connaissais bien l'œuvre de Gradsky, et me regardait comme si j'étais E.T. tombé d'une soucoupe volante !
Pendant l'entr'acte, il se leva, alors que je restais assise, toujours sous le choc des émotions que je venais de vivre, puis il revint accompagné d'un homme grand et mince, aux cheveux de neige et portant costume, avec des yeux très noirs et pénétrants, ressemblant à un Jacques Dufilho jeune et... russe. Andreï me présenta le "biographe" d'Alexander Gradsky. Je ne savais si c'était une plaisanterie ou pas... Je souris à mon visiteur, il s'assit à mes côtés, et nous parlâmes ensemble pendant tout l'entr'acte.
J'ai immédiatement senti que je pouvais faire confiance à cet homme.
J'avais l'impression de le connaître depuis toujours... Étrange mais très agréable sensation. Il était, lui aussi épaté que je sois venue de Paris, juste pour assister à un concert d'Alexander, puis m'avoua très vite que lui-même n'avait jamais raté un seul concert de sa vie. Je lui confiais que je ne pouvais pas ne pas être là ce soir, qu'une force invisible m'avait poussée à voler jusqu'ici. Que je ne pouvais absolument pas rater ce rendez-vous, que je ne voulais pas quitter cette terre, un jour, sans être venue écouter au moins une fois Alexander...
Antonin me rassura quant au scandale qui venait de se dérouler sous mes yeux, et me dit que c'était assez habituel dans les concerts de Gradsky, que maintenant tout devrait reprendre son cours calmement, les saboteurs ayant quitté la salle... Il me dit aussi que la Russie manquait cruellement de bons ingénieurs du son… Puis il me parla de la puissance indescriptible de la voix d’Alexander, je venais d’en prendre la mesure quelques minutes auparavant et j’éclatais d’un rire joyeux !
Il me dit qu'Alexander lui avait confié qu'il allait chanter des nouvelles chansons, il pétillait en me disant cela, son regard s'enflammait...
Nous échangeâmes jusqu'à ce que les lumières s'éteignent, il retourna à sa place et Andreï reprit la sienne à côté de moi.
La seconde partie du concert allait commencer. Je flottais, ne sentant plus ni douleur ni bien-être, je n'étais plus qu'une âme assise sur un fauteuil de velours rouge coquelicot...
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